dimanche 17 juin 2007

Le Parfum d'Adam

Je viens tout juste de terminer la lecture d'un roman : "Le Parfum d'Adam" de Jean-Christophe Rufin. C'est le premier ouvrage de cet auteur au parcours hétéroclite que je lis et celui-ci est présenté comme un "thriller écologique", voilà pourquoi il m'avait attiré l'oeil.




Jean-Christophe Rufin a commencé sa carrière en faisant de la médecine, c'est ainsi qu'il part avec Médecins sans Frontières en Ethiopie en 1976, puis avec Action contre la faim. Il travaille ensuite au Ministère de la Défense sur les questions relatives aux relations Nord-Sud, à la libération d'otages,...Puis il devient attaché culturel au Brésil, président d'Action contre la faim,..tout en écrivant plusieurs livres (voir Bibliographie à la fin).

La trame de l'histoire du Parfum d'Adam commence avec Juliette, une jeune écologiste française, qui va saccager un laboratoire de recherche et libérer des animaux. Mais ceci n'est en fait qu'une vitrine cachant un complot bien plus important et bien plus dévastateur...Ce sont Paul et Kerry, deux anciens agents de la CIA, qui vont devoir enquêter sur cette affaire à la demande de l'agence de renseignements privée Providence. Cela va les conduire au coeur du mouvement de l'écologie profonde et radicale.

Ce thriller est le prétexte pour l'auteur d'aborder les idées de l'écologie radicale et les dangers d'une telle philosophie. Il en profite également pour parler du monde des renseignements et en particulier de la tendance à la privatisation de ce secteur ces dernières années. Le style fait penser à John Le Carré, le maître incontestable du genre, même si Jean-Christophe Rufin est loin de l'égaler. Je m'attendais tout de même à un roman plus "fracassant" vu comme il était annoncé. Bien sûr le sujet abordé n'est pas rien, mais je trouve que cela reste quand même "bien gentil" dans l'ensemble. Au final c'est un livre plutôt facile et plaisant à lire, mais qui ne va pas si loin dans la réflexion que je l'imaginais au départ (ce n'était pas non plus le but de Rufin qui ne voulait pas écrire cette fois un essai mais bien un roman).
Ce livre est tout de même l'occasion de se pencher sur ces mouvements écologistes radicaux évoqués dans l'histoire qui prennent leurs racines dans les idées de l'écologie profonde (deep ecology), une branche de la philosophie écologique dont on entend peu parler en France mais qui a fait son chemin dans d'autres pays comme les Etats-Unis ou certains pays d'Europe du Nord. Contrairement à l'écologie courante que l'on connaît dont l'idée générale est que "les droits de l'homme demeurent premiers par rapport à ceux de la nature. Il s'agit donc d'une conception « humaniste » de la nature. Cette dernière n'a pas de droits; ce sont les humains qui ont des devoirs envers elle et, en dernière instance, envers eux-mêmes.", l'écologie profonde se rattache à l'idée que "l'homme ne se situe pas au sommet de la hiérarchie du vivant, mais s'inscrit au contraire dans l'écosphère comme la partie s'insère dans le tout.". A partir de cette philosophie, certains groupes radicaux veulent justifier des actes violents afin de rétablir l'équilibre naturel qu'il devrait y avoir entre l'Homme et les autres espèces. Notamment en se basant sur l'idée que l'Homme a éliminé tous ses prédateurs naturels et que la planète est maintenant victime d'une surpopulation.

Evolution de la population mondiale de 1800 à 2050, Laurence Saubadu pour l'AFP

Cependant, la position de Jean-Christophe Rufin vis-à-vis de cette idéologie et des problèmes démographiques ne me paraît pas très claire. Je l'ai rencontré il y a une semaine lors d'une dédicace et conférence où il rappelait les dangers d'une pensée radicale où la solution de la sauvegarde de notre planète passerait par l'élimination d'une bonne partie de l'humanité et notamment des pauvres. Jusque là j'étais bien d'accord avec lui pour dire que la survie de notre planète ne devait pas passer par de tels actes terroristes et ignobles, et surtout en s'en prenant à ceux qui ne sont pas responsables de ce désastre mais plutôt aux victimes. Mais là où je ne l'ai pas trouvé très clair c'est quand il a abordé la question démographique. Selon lui il n'y a semble t-il pas de problème de démographie galopante et donc pas de nécessité de mieux réguler les naissances. Il a l'air de penser que ce sont les progrès technologiques accessibles à tous qui nous permettront de régler les problèmes environnementaux et de continuer à vivre toujours plus nombreux sans épuiser la planète...Pour ma part, je vois mal comment on arrivera à régler tous les problèmes environnementaux et humanitaires si l'on ne contient pas cette explosion démographique (les spécialistes prévoient environ 9 milliards d'êtres humains pour 2050, actuellement nous sommes 6,5 milliards). Evidemment il faut aussi d'urgence modifier nos modes de vie et de consommation, en particulier et en premier dans les pays développés, mais la question démographique me semble importante d'être prise en compte.

Chappatte : "Manque de neige en montagne", Dessin paru dans le journal Le Temps, 19.12.06

Pour en savoir plus :
(1) L'écologie profonde sur Wikipédia : Ecologie profonde
(2) Travaux du fondateur Arne Naess : sur Wikipédia
(3) Dossier Sommet de Johannesburg par Radio Canada
(4) Blog Gaïa : bulletin de santé : droitdanslemur.blogspot.com
(5) Fondation pour l'Ecologie Profonde (anglais) : www.deepecology.org

Bibliographie de Jean-Christophe Rufin :
(1) Le Piège humanitaire, Ed. J.C. Lattès, 1986
(2) L'Aventure humanitaire, Ed. Gallimard, 1994
(3) L'Abyssin, Ed. Gallimard, prix Goncourt du 1er roman, 1997
(4) Rouge Brésil, Ed. Gallimard, prix Goncourt 2001
(5) Géopolitique de la faim: Faim et responsabilité. - P.U.F., 2004
(6) Globalia, Ed. Gallimard, 2004

6 commentaires:

Le Margouillat a dit…

Interessant!!
Je pensais me l'acheter, mais maintenant en plus j'ai ton avis. Merci pour cette critique!!

Mikaël

Anonyme a dit…

“Parfum d’Adam”… A vous lire Miss Panda, ce thriller se lit comme un roman et c’est tant mieux pour ceux qui, comme moi, n’aime pas beaucoup lire mais rester, quand même, au parfum… Je ne l’ai pas encore lu…mais nul doute que la nébuleuse du New Age (= deep ecology) se prête à merveille à ce type d’intrigue. Suite à votre critique, et guidé par vos “sources”, j’ai visité le site “Sommet de Johannesbourg”. Bonne presentation des deux principaux courants écolo. : l’humaniste et le holiste. Mais je n’ai pas vraiment réussi à définir le parti pris du site…

Alors que le réchauffement climatique met la pression sur la nécessité impérieuse et urgente de prendre en compte la dimension écologique de la survie de l’humanité, il me semble important de se faire une opinion sur ces courants de pensée. Ce, d’autant plus que sur le net, ça raccole pas mal, et même averti, on ne sait jamais où on met les pieds (c’est assez agaçant)!
Au sujet de l’écologie profonde, il y a une dizaine d’années, Flammarion avait édité un petit bouquin de Michel Lacroix : “L’idéologie du New Age”. Si vous souhaitez vous faire une idée plus précise de cette idéologie et des pratiques de “transformation personelle” recommandées par certaines organisations de la Deep Ecology, tâchez de vous le procurer, c’est bien documenté.

Vous semblez, Miss Panda, vous inquièter sérieusement de l’”explosion démographique”… Devrions-nous préconiser des mesures malthusianiques? Serions nous menacer par le “péril jaune”? Du point de vue du nombre par couleurs, c’est sûr nous avons déjà perdu la partie!... Pour rester sérieux, il me semble que le graphique perspectives que vous présenter s’appuie sur des calculs présentés par les Nations Unies aux débuts des années 1990. Par la suite les Nations Unies ont présenté, je crois, des chiffres différents faisant état d’un “ralentissement de l’accroissement démographique”, les années 1965-1970 correspondant au point culminant :

1800 : + 0,2%
1965 : + 2,1%
2010 : + 1,3%
2020 : + 1 %
2050 : + 0,5%

Effectivement en 2050 malgré cette déccélération nous devrions atteindre les 9 milliards d’habitants sur terre, ce qui fait beaucoup! Mais les mentalités peuvent aussi changer très vite, à condition que les richesses mondiales soient équitablement reparties…Et puis, les prospectives présentées restent sujettes à polémiques selon ce qu’on veut leur faire dire :
“…Les projections de la dimension de la population mondiale sont extrêmement sensibles à de légères variations dans les hypothèses. En partant de l’hypothèse qu’à partir de 2025, la fécondité mondiale se maintiendra à 2,2 enfants par femme, on arrivera en 2150 à une population de 18,3 milliards d’individus ; si l’hypothèse retenue est de 1,8 enfant par femme à partir de 2025, on arrivera en 2150 à une population de 6,4 milliards d’individus…” (article de presse FNUAP)

A bientôt,
altex

Olivier Rossignol a dit…

Oui, merci pour cet avis de lecture.
Sur le thème de la démographie, lire:

http://www.changerlavenir.com/article-6047552.html

Dans ce billet, je présente le sommaire du n°24 de La Revue Durable sur ce thème.

Je conseille par ailleurs cette revue à tout le monde.

à bientôt.

Olivier.

MissPaNDa a dit…

Le Parfum d'Adam est effectivement plus un roman plaisant à lire qu'un essai sur l'écologie. C'est pour ça que je l'ai apprécié, ça me change des lectures plus scientifiques.

En même temps ça a été l'occasion pour moi de découvrir les idéologies des deux principaux courants de l'écologie ce que je ne connaissais pas bien.

Malgré le fait que la progression démographique ait tendance à décélérer, je crois qu'il est important de mettre en place au plus vite des politiques de contrôle démographique, en particulier dans les pays du Sud qui ne pourront pas se sortir d'une situation d'extrême pauvreté sans en passer par là. D'un autre côté je n'oublie pas qu'il faut dans nos pays du Nord revoir beaucoup de choses sur nos modes de vie.

D'ailleurs le numéro spécial de la Revue Durable a l'air tout à fait dans le sujet. Je vais si l'on peut encore se procurer un numéro..

Merci pour vos remarques et suggestions de lecture, ma bibliothèque est déjà pleine je ne sais pas comment je vais faire ;-).

Caroline a dit…

Ton commentaire tombe à pic, je pensais justement me l'acheter mais étais un peu dans l'expectative. J'avais lu son "Rouge Brésil" et avais bien aimé.
Je vais de ce pas sur amazon.

Merci.

MissPaNDa a dit…

Apparemment "Le Parfum d'Adam" doit être assez différent du style de "Rouge Brésil" d'après ce que j'ai pu entendre, mais comme je ne l'ai pas encore lu je ne peux pas te faire de comparaison.
En tout cas dès que vous avez lu "Le Parfum d'Adam" n'hésitez pas à revenir sur l'article pour me dire ce que vous en avez pensé.




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